Marseille : le procès choc du narcotrafiquant Félix Bingui et son empire démantelé
Le tribunal correctionnel de Marseille examine actuellement l’un des dossiers les plus emblématiques du narcotrafic qui gangrène la cité phocéenne. Derrière les chiffres glaçants de la violence urbaine se cache une organisation criminelle rodée, dont les ramifications s’étendent jusqu’au Maroc.
Un empire du cannabis dans les quartiers nord
Félix Bingui, surnommé « Le Chat », comparaît pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment en récidive. Cet homme de 40 ans aurait orchestré un vaste réseau de distribution dans les quartiers nord de Marseille, notamment à La Fontaine.
Le parquet a requis contre lui une peine de 16 ans d’emprisonnement, assortie d’une période de sûreté des deux tiers et d’une amende pouvant atteindre 500 000 euros. Arrêté au Maroc en 2024, il a été extradé vers la France pour répondre de ses actes.
Une organisation pyramidale minutieuse
L’enquête a révélé une structure hiérarchique sophistiquée. Mohamed Hussein Saleh, présenté comme le « bras droit » de Bingui, encourt 12 ans de prison. Zine Eddine Belkai, qualifié de « grand gérant » des points de vente, est toujours en fuite et risque 10 ans derrière les barreaux.
Le réseau contrôlait plusieurs points de deal avec une organisation millimétrée : vendeurs sur le terrain, remontée systématique des bénéfices et fournisseurs de véhicules pour assurer la logistique.
Deux années d’investigations intensives
Les enquêteurs ont déployé des moyens considérables pendant deux ans : surveillance rapprochée, écoutes téléphoniques et filatures. Ces investigations ont permis de démanteler les rouages d’un trafic générant des profits colossaux.
Un contexte de violence extrême
Ce procès intervient dans un climat particulièrement tendu. Les rivalités entre réseaux ont fait 52 morts et 124 blessés à Marseille en 2023. L’enquête s’intéresse notamment aux assassinats liés à ces guerres de territoire.
Le parquet de Marseille considère ce dossier comme exemplaire dans la lutte contre le narcotrafic organisé qui mine la deuxième ville de France.
La défense dénonce un acharnement judiciaire
Malgré un train de vie luxueux difficilement justifiable, Félix Bingui nie catégoriquement toute implication dans le narcotrafic. Son avocat, Philippe Ohayon, accuse la justice de vouloir transformer son client en cobaye pour imposer des peines exemplaires en matière de trafic de cannabis.
Gaétan Poitevin, défenseur de Mohamed Hussein Saleh, a qualifié les réquisitions de « très lourdes, totalement disproportionnées ».
Un verdict attendu en fin de semaine
Les plaidoiries de la défense doivent se poursuivre dans les prochains jours. Le jugement devrait être rendu avant la fin de la semaine, marquant potentiellement un tournant dans la répression du narcotrafic marseillais.
Cette affaire illustre la détermination des autorités à frapper au sommet des organisations criminelles qui prospèrent dans les quartiers sensibles de la métropole.

